# Comment concevoir une maison à étages plus inclusive dès la construction ?

L’accessibilité universelle dans l’habitat n’est plus une simple option : elle devient une nécessité face au vieillissement de la population et à la diversité des besoins de mobilité. En France, près de 12 millions de personnes sont concernées par un handicap, qu’il soit moteur, sensoriel ou cognitif. Concevoir une maison à étages inclusive dès la phase de construction représente un investissement intelligent qui valorise votre patrimoine tout en anticipant les évolutions de vos besoins. Cette approche va bien au-delà de la simple conformité réglementaire : elle intègre des principes de design universel permettant à chacun de circuler, d’utiliser les espaces et de vivre confortablement, quelles que soient ses capacités physiques. L’enjeu est de taille : comment concilier les contraintes architecturales d’une construction verticale avec les impératifs d’accessibilité ? Quelles solutions techniques permettent de créer un logement évolutif qui s’adaptera aux différentes étapes de la vie de ses occupants ?

Normes d’accessibilité PMR et réglementation française pour les maisons individuelles à étages

La réglementation française en matière d’accessibilité pour les Personnes à Mobilité Réduite (PMR) s’est considérablement renforcée ces dernières années, même si les maisons individuelles ne sont pas soumises aux mêmes obligations strictes que les Établissements Recevant du Public (ERP). Comprendre ce cadre normatif vous permettra d’anticiper les bonnes pratiques et d’optimiser votre projet de construction.

Application de la loi handicap 2005 et décret du 5 novembre 2015 aux constructions neuves

La loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances a marqué un tournant majeur en imposant des normes d’accessibilité pour les bâtiments neufs. Le décret du 5 novembre 2015 a ensuite précisé les modalités d’application pour les logements collectifs neufs. Bien que les maisons individuelles ne soient pas directement concernées par ces obligations, il est fortement recommandé de s’en inspirer pour concevoir un habitat véritablement accessible. Cette démarche volontariste présente plusieurs avantages : elle facilite le maintien à domicile des personnes vieillissantes, augmente la valeur de revente du bien et anticipe d’éventuelles évolutions réglementaires. Les constructeurs avant-gardistes intègrent désormais ces principes dès la conception, transformant ce qui était perçu comme une contrainte en véritable atout commercial.

Dimensionnement des espaces de circulation selon l’arrêté du 24 décembre 2015

L’arrêté du 24 décembre 2015 fixe des dimensions minimales pour les espaces de circulation qui garantissent une accessibilité optimale. Ces prescriptions concernent principalement la largeur des couloirs, l’espace devant les portes et les zones de manœuvre. Pour une maison à étages, pensez à prévoir des couloirs d’au moins 120 cm de large, permettant le passage et le croisement aisé d’une personne en fauteuil roulant avec une autre personne. Cette générosité spatiale ne bénéficie pas uniquement aux personnes handicapées : elle facilite également le transport de meubles volumineux, le passage avec des poussettes ou simplement la circulation fluide dans votre logement. L’investissement dans des espaces bien dimensionnés dès la construction évite les coûteuses adaptations ultérieures et crée une atmosphère de confort appréciable au quotidien.

Zones de rotation de 150 cm et passages libres de 90

cm devant chaque porte intérieure, avec un passage utile minimal de 90 cm. Cette zone de rotation de 150 cm (un cercle de 1,50 m de diamètre) doit être prévue à des points stratégiques : en haut et en bas de l’escalier, dans les dégagements menant aux chambres, et à proximité des sanitaires. Là encore, ces dimensions, issues de l’accessibilité en logement collectif, servent de référence de bon sens pour une maison individuelle à étages réellement inclusive.

Concrètement, prévoyez dès le plan un « noyau de circulation » généreux : dégagement à l’étage d’au moins 180 x 150 cm, permettant de tourner, se croiser et accéder aux différentes pièces sans manœuvre complexe. Au rez-de-chaussée, un palier d’entrée avec 150 cm libres devant la porte principale et devant l’escalier facilite aussi bien l’accès en fauteuil que le passage avec une poussette ou des charges lourdes. Cette approche transforme l’escalier d’un simple élément technique en véritable articulation fluide entre les niveaux.

Dérogations possibles et procédure CCDSA pour les maisons non soumises à ERP

Dans le cas des maisons individuelles, la plupart de ces exigences d’accessibilité PMR relèvent aujourd’hui de la recommandation et non de l’obligation stricte, sauf si la maison est destinée à la location dans un programme collectif ou à recevoir du public. Cependant, certaines situations particulières (terrain très pentu, parcelle exiguë, contraintes architecturales fortes) peuvent rendre difficile l’application complète des principes d’accessibilité inspirés des textes en vigueur. Dans ces cas, il est possible d’envisager des adaptations raisonnables, à condition qu’elles soient argumentées et compensées par d’autres mesures facilitant l’usage du logement.

Lorsque le projet s’inscrit dans un cadre plus contraint (par exemple, logement assimilé à un ERP de petite capacité, maison d’assistantes maternelles, etc.), la procédure de dérogation passe par la Commission Consultative Départementale de Sécurité et d’Accessibilité (CCDSA). Le dossier détaillera les contraintes techniques rencontrées, les points de non-conformité et les solutions alternatives proposées (domotique, aides techniques, aménagements spécifiques). Même si votre maison n’entre pas dans ce cadre administratif, raisonner avec cette même rigueur – comparer ce que vous ne pouvez pas faire à ce que vous renforcez ailleurs – est un excellent moyen de tendre vers un véritable design inclusif.

Conception architecturale d’un escalier universel conforme aux principes de design inclusif

L’escalier est le cœur des circulations verticales d’une maison à étages. Mal conçu, il devient un obstacle majeur ; bien pensé, il reste utilisable par le plus grand nombre, le plus longtemps possible. L’objectif n’est pas seulement de respecter quelques cotes minimales, mais de concevoir un « escalier universel » : confortable, lisible, sécurisé, adapté aux enfants comme aux seniors, y compris en cas de mobilité réduite temporaire (jambe dans le plâtre, poussette, port d’objets lourds…).

Ratio giron-hauteur optimal selon la formule de blondel adaptée à la mobilité réduite

La fameuse formule de Blondel – 2 h + g = 60 à 64 cm (h = hauteur de marche, g = giron) – reste la base pour dimensionner un escalier confortable. Dans une optique inclusive, on privilégiera la partie basse de cette fourchette, avec des marches moins hautes et plus profondes. Visez par exemple une hauteur de marche de 16 à 17 cm maximum, pour un giron de 28 à 30 cm, ce qui donne 2 × 16 + 30 = 62 cm, parfaitement équilibré. Plus la marche est basse, moins l’effort nécessaire est important, ce qui profite immédiatement aux personnes âgées, fatiguées ou souffrant des genoux.

Concrètement, cela implique souvent un léger allongement de la volée d’escalier, mais l’investissement en surface est largement compensé par le confort d’usage. Imaginez l’escalier comme une rampe à marches plutôt que comme une échelle abrupte : vous rendez possible son utilisation même avec un appui canne, un déambulateur de petite largeur ou simplement une foulée plus courte. Ce dimensionnement est d’autant plus important que l’escalier restera l’élément central de circulation, même si vous prévoyez à terme un ascenseur domestique.

Largeur de volée minimale de 90 cm et paliers de repos tous les 10 marches

Pour une maison à étages inclusive, une largeur de volée de 90 cm constitue un minimum confortable. Cette largeur utile permet de monter à deux côte à côte (une personne aidante et une personne fragile), de porter un carton volumineux ou de manœuvrer un siège de transfert léger. Si la surface et le budget le permettent, n’hésitez pas à viser 100 à 110 cm, surtout dans le cas d’un escalier principal très utilisé. Attention à bien distinguer la largeur entre murs et la largeur réellement dégagée, en retranchant l’épaisseur éventuelle des mains courantes débordantes.

Autre point clé : la mise en place de paliers de repos. Idéalement, prévoyez un palier tous les 10 à 12 marches au maximum, avec une profondeur d’au moins 1 m, permettant de faire une pause sans gêner la circulation. Cette configuration est particulièrement intéressante pour les escaliers en U ou en L, où le palier devient un véritable « plateau de respiration » entre deux volées. En pratique, monter un étage se transforme alors en deux ou trois efforts courts plutôt qu’en une montée continue éprouvante, ce qui change tout pour une personne à souffle limité ou en convalescence.

Main courante ergonomique prolongée de 30 cm et double hauteur à 80 et 90 cm

La main courante est souvent négligée au profit de l’esthétique, alors qu’elle constitue l’un des premiers éléments de sécurité pour tous. Dans une maison inclusive, prévoyez une main courante continue, rigide, facilement préhensible (section ronde de 30 à 45 mm de diamètre), qui se prolonge de 30 cm au-delà de la première et de la dernière marche. Ce dépassement permet d’anticiper la montée ou la descente, un peu comme si vous avisiez une rampe de métro : vous pouvez vous stabiliser avant même de poser le pied sur la marche.

Pour un usage véritablement universel, l’idéal est de prévoir une double main courante, à 80 cm et 90 cm du nez de marche. La première sera mieux adaptée aux enfants et aux personnes de petite taille, la seconde aux adultes. Veillez à ce que la main courante soit continue dans les angles, sans rupture brutale, et qu’elle se distingue visuellement du mur (teinte contrastée). Là encore, vous transformez un objet purement réglementaire en équipement de confort et de confiance au quotidien.

Contremarches fermées et nez de marche contrastés avec bandes podotactiles

Pour limiter les risques de chute, proscrivez les escaliers à marches ouvertes dans un projet de maison inclusive. Les contremarches fermées évitent le piège visuel des marches « flottantes » et empêchent le pied ou la canne de se coincer dans l’espace vide. Associez à cela des nez de marche antidérapants et contrastés, d’une largeur de 3 à 5 cm, dans une couleur tranchant avec celle du reste de la marche. Pour une escalier très fréquenté ou pour des occupants présentant un début de déficience visuelle, cette bande contrastée devient un repère visuel essentiel.

Vous pouvez également intégrer des bandes podotactiles en haut et en bas de l’escalier, sur une largeur d’environ 60 cm. Ces surfaces structurées (plots, nervures) signalent au pied l’approche d’une rupture de niveau, un peu comme un passage piéton prévient du bord du trottoir. L’ensemble de ces dispositifs – marches fermées, nez de marche contrastés, podotactile – crée une « ligne de sécurité » à la fois visuelle et tactile, particulièrement utile pour les enfants, les personnes âgées ou les personnes malvoyantes.

Intégration d’un espace technique préparatoire pour ascenseur domestique ou plateforme élévatrice

Penser l’accessibilité à long terme d’une maison à étages, c’est aussi anticiper la possibilité d’ajouter un jour un ascenseur domestique ou une plateforme élévatrice. Même si vous n’en avez pas besoin immédiatement, prévoir dès la construction les réservations structurelles et techniques permet de réduire drastiquement le coût et la complexité d’une future installation. L’idée : « pré-câbler » votre maison pour l’évolution de vos besoins, comme on prévoit une gaine technique pour la fibre optique.

Réservation de trémie et renforcement structurel pour ascenseur privatif ThyssenKrupp ou stiltz

Concrètement, il s’agit de réserver un volume vertical continu entre rez-de-chaussée et étage, qui pourra accueillir ultérieurement un ascenseur privatif (par exemple de marques comme ThyssenKrupp Home Solutions ou Stiltz). Prévoyez une trémie d’au moins 90 x 120 cm pour les petits modèles, voire davantage selon le type de cabine envisagé. Ce « puits » peut tout à fait être utilisé dans un premier temps comme espace de rangement sur mesure, placard traversant, bibliothèque en double hauteur ou vide sur séjour, à condition que sa structure reste facilement transformable.

En parallèle, le plancher autour de cette future trémie doit être dimensionné pour reprendre les charges concentrées de l’appareil et de ses utilisateurs. Un renforcement local (poutres supplémentaires, dalle plus épaisse, chevêtre prévu) évitera d’avoir à reprendre lourdement la structure plus tard. Vous l’aurez compris : un simple trait sur un plan aujourd’hui peut vous éviter un chantier lourd et coûteux dans 15 ou 20 ans, tout en facilitant un maintien à domicile dans de bonnes conditions.

Pré-installation électrique triphasée et gaine technique verticale dimensionnée

Un ascenseur domestique ou une plateforme élévatrice nécessite une alimentation électrique dédiée, parfois en triphasé selon les modèles et les puissances. Même si vous choisissez finalement un appareil fonctionnant en monophasé, avoir anticipé une arrivée triphasée au tableau électrique principal et une gaine dédiée jusqu’à la zone de trémie vous donne une grande marge de manœuvre. Cette gaine pourra également accueillir les câbles de commande, de téléalarme ou de domotique associés à l’ascenseur.

Profitez-en pour intégrer une gaine technique verticale continue, desservant les différents niveaux (eau, évacuation, courants faibles, ventilation). Cette colonne technique, positionnée à proximité de la future trémie, permet d’alimenter facilement un jour une salle d’eau supplémentaire à l’étage ou dans la zone de débarquement de l’ascenseur. En un mot, vous transformez votre maison en une structure « précâblée » pour les adaptations futures, sans impact esthétique immédiat.

Solutions alternatives : monte-escalier stannah et plateforme verticale vimec V65

Tout le monde n’a pas besoin d’un ascenseur complet. Pour certains projets, des solutions plus légères telles qu’un monte-escalier (type Stannah) ou une petite plateforme verticale (comme la Vimec V65) peuvent suffire. Dans ce cas, l’anticipation porte surtout sur la géométrie de l’escalier, la solidité des fixations et les dégagements en haut et en bas de la volée. Un escalier trop étroit, trop raide ou sans palier intermédiaire sera plus complexe à équiper.

En prévoyant une largeur confortable (90 à 100 cm) et des paliers de repos généreux, vous facilitez grandement l’installation ultérieure d’un rail de monte-escalier ou d’une plateforme le long d’un mur. Pensez également à réserver un point d’alimentation électrique discrètement placé à proximité du départ de l’escalier, afin d’éviter des goulottes apparentes. Cette stratégie d’anticipation vous offre un éventail de solutions évolutives, de la plus légère à la plus complète, en fonction de vos besoins et de votre budget au fil du temps.

Aménagement des chambres adaptables au rez-de-chaussée avec salle d’eau accessible

Une maison à étages inclusive ne se résume pas à son escalier et à ses circulations verticales. Pour garantir une vraie continuité d’usage, il est fortement recommandé de prévoir au rez-de-chaussée une chambre évolutive avec salle d’eau accessible, pouvant devenir une suite parentale, une chambre d’ami ou une chambre PMR selon les besoins. Cette pièce est votre « assurance autonomie » : en cas de perte de mobilité, vous pouvez vivre intégralement au niveau bas, sans renoncer au confort.

Surface minimale de 12 m² avec espace de manœuvre latéral au lit de 120 cm

Pour qu’une chambre soit réellement adaptable, une surface de 12 m² est un seuil raisonnable, à moduler selon la configuration. L’essentiel est de prévoir un espace libre de 120 cm minimum sur au moins un côté du lit, afin de permettre le passage d’un fauteuil roulant, l’utilisation d’un lève-personne mobile ou simplement l’aide d’un accompagnant. Laisser seulement 60 ou 70 cm entre le lit et le mur rend très rapidement l’espace impraticable en cas de mobilité réduite.

Pensez aussi à la position de la porte (évitez les portes ouvrant sur le lit), au dégagement pour ouvrir les placards et à la proximité directe de la salle d’eau. Un bon exercice consiste à imaginer les différents scénarios de vie : chambre d’ado, télétravail, chambre d’un parent âgé accueilli à domicile… Vous verrez qu’une chambre un peu plus généreuse et bien organisée est loin d’être un luxe.

Douche à l’italienne avec receveur extra-plat wedi fundo et barre de maintien

Du côté de la salle d’eau accessible, la douche à l’italienne s’impose naturellement comme la solution la plus inclusive. Pour limiter les risques d’infiltration tout en restant au plus bas niveau possible, vous pouvez vous appuyer sur des systèmes prêts à carreler comme les receveurs extra-plats Wedi Fundo, conçus pour offrir une pente régulière et une bonne étanchéité. L’objectif : obtenir une douche de plain-pied, sans ressaut, avec un carrelage antidérapant (classement au moins R10).

Complétez cet aménagement par une ou plusieurs barres de maintien solidement fixées dans des renforts prévus dès la pose du doublage (contreplaqué, renfort métallique, etc.). Positionnez-les verticalement à l’entrée de la douche et horizontalement sur le mur latéral, à environ 80–90 cm de hauteur. Même si personne n’en a besoin immédiatement, ces renforts invisibles permettront d’installer des barres de sécurité plus tard, sans devoir casser le carrelage.

Lavabo suspendu PMR à hauteur réglable et robinetterie thermostatique grohe

Le choix du lavabo est tout aussi stratégique. Un lavabo suspendu, laissant un espace libre sous la vasque d’au moins 70 cm de hauteur et 30 cm de profondeur, permet à une personne en fauteuil de s’approcher confortablement. Certains modèles PMR sont même réglables en hauteur, manuellement ou électriquement, ce qui peut être une option intéressante dans une maison occupée par plusieurs générations aux besoins différents.

Côté robinetterie, une mitigeur thermostatique de qualité (par exemple Grohe, Hansgrohe ou équivalent) limite les risques de brûlure et stabilise la température, ce qui est sécurisant pour les enfants comme pour les personnes âgées. Privilégiez des commandes à levier ou à poignée large, plus faciles à manipuler en cas de préhension réduite. Là encore, un détail de conception transforme un simple point d’eau en véritable équipement d’autonomie.

Portes coulissantes à galandage de 90 cm avec poignées ergonomiques à 90 cm

Pour optimiser les circulations et éviter les conflits d’ouverture, les portes coulissantes à galandage sont particulièrement adaptées dans un projet de maison inclusive. Prévoyez une largeur de passage utile de 90 cm pour les accès à la chambre et à la salle d’eau. Attention à choisir des systèmes de qualité, faciles à manœuvrer, avec un guidage bas discret et sans seuil saillant susceptible de gêner le passage d’un fauteuil ou d’un déambulateur.

Positionnez les poignées à environ 90 cm du sol, dans une forme ergonomique (poignées cuvette larges, béquilles faciles à saisir) plutôt que de simples bouton-poignées. Une personne en position assise ou un enfant doit pouvoir actionner la porte sans effort excessif. Là encore, une porte bien pensée est un petit élément qui, dans l’usage quotidien, change radicalement le confort de tous les occupants.

Domotique et systèmes d’assistance technologique pour autonomie résidentielle

La domotique est un formidable levier pour rendre une maison à étages plus inclusive, sans modifier lourdement l’architecture. Elle compense certaines limitations physiques (difficulté à se déplacer, à manipuler, à voir) et renforce la sécurité. L’enjeu est de concevoir un système simple à utiliser, évolutif, et accessible par plusieurs modes de commande : interrupteurs classiques, télécommande, smartphone, voire commande vocale.

Commandes centralisées KNX et interrupteurs va-et-vient à hauteur normée de 90 cm

Les systèmes domotiques basés sur des bus normalisés comme KNX permettent de centraliser le contrôle de l’éclairage, des volets roulants, du chauffage ou de l’alarme. Dans une maison inclusive, l’intérêt est double : vous pouvez par exemple éteindre toutes les lumières depuis la chambre, fermer les volets sans monter à l’étage ou ajuster le chauffage sans atteindre un thermostat mural mal placé. C’est un peu comme disposer d’un « assistant numérique » qui simplifie les gestes du quotidien.

Indépendamment de la technologie utilisée, veillez à placer tous les interrupteurs et commandes murales à une hauteur d’environ 90 cm du sol. Cette cote, issue des normes d’accessibilité, permet une utilisation à la fois debout et assise. Multipliez les va-et-vient pour éviter d’avoir à traverser une pièce dans le noir ou à remonter un escalier pour éteindre une lumière oubliée. Le principe : rapprocher les commandes des usages réels, plutôt que de les concentrer uniquement à l’entrée des pièces.

Éclairage automatique avec détecteurs de présence legrand celiane et commande vocale

Pour sécuriser les circulations, notamment dans les escaliers, couloirs et sanitaires, l’éclairage automatique par détecteurs de présence est particulièrement pertinent. Des gammes comme Legrand Céliane proposent des détecteurs intégrés aux appareillages, réglables en sensibilité et en temporisation. Résultat : vous n’avez plus besoin de chercher l’interrupteur les mains prises ou en pleine nuit, la lumière s’allume et s’éteint seule lorsque vous passez.

Associée à cela, la commande vocale (via des assistants type Google Home, Amazon Alexa, Apple HomePod, etc.) apporte une couche d’accessibilité supplémentaire. Allumer la lumière de l’étage, fermer les volets ou baisser le chauffage peut se faire par une simple phrase, ce qui est précieux pour une personne avec une mobilité très réduite. L’important est de conserver toujours une redondance des modes de commande (bouton physique + appli + voix), pour ne jamais dépendre d’une seule technologie.

Volets roulants motorisés somfy et thermostat connecté netatmo accessible

Les volets roulants motorisés, par exemple équipés de motorisations Somfy, sont un autre classique de la maison inclusive. Ils évitent les gestes répétitifs de manivelle ou de sangle, parfois pénibles pour les épaules ou les poignets. En les intégrant à votre système domotique, vous pouvez programmer automatiquement l’ouverture le matin et la fermeture le soir, ou ajuster leur position en fonction de la température et de l’ensoleillement.

Pour le chauffage, un thermostat connecté (comme le Netatmo by Legrand, par exemple) placé à une hauteur accessible (environ 1,10 m) permet de régler la température sans avoir à atteindre un boîtier en hauteur ou caché derrière un meuble. Pilotable depuis un smartphone, il devient particulièrement utile pour un aidant qui gère la maison à distance, ou pour une personne en fauteuil qui souhaite adapter rapidement l’ambiance thermique sans se déplacer entre les étages.

Revêtements de sols antidérapants et contrastes visuels pour déficience visuelle

Enfin, une maison à étages inclusive passe aussi par des choix de matériaux intelligents. Les revêtements de sols et les contrastes visuels ont un impact direct sur la sécurité et le confort des personnes à mobilité réduite ou en situation de déficience visuelle. À l’image d’un bon marquage au sol dans l’espace public, une bonne lisibilité des surfaces et des seuils dans votre maison limite fortement les risques de chute ou de mauvaise perception des niveaux.

Coefficient de glissance R10 minimum et carrelage grès cérame rectifié

Dans les pièces à risque de glissance (entrée, cuisine, salle d’eau, escalier), privilégiez des revêtements classés au minimum R10 (voire R11 pour les zones très mouillées, comme la douche). Un grès cérame rectifié antidérapant offre un bon compromis entre esthétique, facilité d’entretien et sécurité. Le toucher doit rester légèrement accrocheur sous le pied, même humide, sans être rugueux au point de compliquer le nettoyage ou d’abîmer les fauteuils roulants.

Évitez les surfaces trop brillantes, les marbres polis ou les carrelages effet « miroir » qui accentuent les reflets et perturbent la perception des reliefs. Pour les escaliers, associez ce carrelage à des nez de marche antidérapants, voire à des inserts métalliques ou PVC striés, que nous avons évoqués plus haut. Ensemble, ces choix de sols créent un environnement « lisible » et sécurisant, tout en restant contemporain.

Transitions de plain-pied avec seuils affleurants selon DTU 52.1

Les différences de niveau, même minimes, constituent un obstacle pour les fauteuils roulants, les déambulateurs, les poussettes… et un piège pour les personnes malvoyantes. L’objectif est de tendre vers une maison sans ressaut, ou avec des seuils inférieurs à 2 cm chanfreinés, conformément aux bonnes pratiques inspirées du DTU 52.1 et des textes sur l’accessibilité. Cela vaut aussi bien pour les passages intérieurs (changement de revêtement entre pièces) que pour les accès aux terrasses ou balcons.

Lors de la conception, demandez à votre maître d’œuvre ou constructeur de travailler en « continuité de planéité » : même niveau de chape, rattrapage des épaisseurs de revêtements, seuils encastrés pour les baies vitrées. C’est un peu comme concevoir une piste cyclable sans dos-d’âne : tout le monde s’y sentira plus à l’aise, des jeunes enfants qui trottinent aux personnes âgées qui craignent de trébucher.

Contrastes chromatiques entre murs et sols selon ratio LRV de 30 points minimum

La qualité de la perception visuelle ne se résume pas à la quantité de lumière : le contraste entre les surfaces joue un rôle déterminant. Pour aider les personnes malvoyantes à distinguer les volumes, les ouvertures et les obstacles, il est recommandé de viser un écart de valeur de réflectance lumineuse (LRV) d’au moins 30 points entre les principaux éléments (sol/mur, mur/porte, marche/nez de marche). Autrement dit, un sol plutôt moyen à foncé combiné à des murs clairs, ou l’inverse.

Concrètement, évitez les ambiances trop monochromes où sol, murs, portes et plinthes sont dans la même teinte ou la même luminosité. Jouez au contraire sur des dégradés lisibles : un sol gris moyen, des murs blanc cassé, des huisseries foncées. Les fabricants de peintures et de revêtements indiquent de plus en plus la LRV de leurs produits, ce qui vous permet de composer votre palette de façon rationnelle. À l’échelle de la maison à étages, ces contrastes discrets mais réfléchis deviennent une véritable « signalétique intérieure » au service de tous, et en particulier des personnes présentant une déficience visuelle.