L’accessibilité des escaliers représente un enjeu majeur de sécurité publique et d’inclusion sociale dans notre société contemporaine. Chaque année en France, les chutes dans les escaliers causent des milliers d’accidents, dont une proportion significative pourrait être évitée grâce à une conception respectueuse des normes d’accessibilité. La réglementation française impose désormais des standards stricts pour garantir que tous les usagers, quelles que soient leurs capacités physiques ou sensorielles, puissent circuler en toute sécurité. Ces exigences techniques, loin d’être de simples contraintes administratives, constituent la base d’une architecture inclusive qui bénéficie à l’ensemble de la population.

Normes réglementaires françaises pour l’accessibilité des escaliers

Le cadre réglementaire français concernant l’accessibilité des escaliers s’articule autour de plusieurs textes fondamentaux qui définissent les obligations techniques et dimensionnelles. Cette approche législative vise à créer un environnement bâti universellement accessible, où chaque citoyen peut se déplacer sans entrave.

Décret n°2006-555 : prescriptions techniques pour les ERP

Le décret n°2006-555 du 17 mai 2006 constitue le socle réglementaire pour l’accessibilité des établissements recevant du public (ERP). Ce texte impose des prescriptions techniques précises concernant la conception des escaliers dans les bâtiments neufs comme dans les projets de rénovation. L’objectif principal consiste à garantir l’autonomie de déplacement des personnes en situation de handicap, qu’il s’agisse de déficiences motrices, sensorielles ou cognitives.

Les exigences du décret s’appliquent différemment selon la catégorie d’ERP concernée. Pour les établissements de première à quatrième catégorie, l’accessibilité doit être totale, tandis que les ERP de cinquième catégorie bénéficient de certaines adaptations. Cette gradation permet d’adapter les contraintes techniques aux réalités économiques tout en maintenant un niveau de sécurité optimal.

Arrêté du 1er août 2006 : exigences dimensionnelles des marches

L’arrêté du 1er août 2006 précise les dimensions techniques que doivent respecter les marches d’escalier pour être considérées comme accessibles. Ces spécifications résultent d’études ergonomiques approfondies qui prennent en compte les contraintes biomécaniques du déplacement humain. La hauteur maximale de contremarche est fixée à 17 centimètres, une limitation qui facilite l’effort musculaire nécessaire à la montée des marches.

Le giron minimal, c’est-à-dire la profondeur de la marche, doit atteindre au moins 28 centimètres pour garantir une assise stable du pied. Cette dimension permet aux utilisateurs de canes blanches ou de déambulateurs de poser correctement leur équipement d’aide à la mobilité. L’uniformité dimensionnelle entre toutes les marches d’une même volée constitue également une obligation fondamentale pour éviter les ruptures de rythme qui provoquent des déséquilibres.

Loi handicap 2005 : obligations d’accessibilité universelle

La loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées a révolutionné l’approche française de l’accessibilité. Ce texte fondateur impose le principe d’accessibilité universelle, selon lequel l’environnement bâ

pâti, les personnes handicapées, temporaires ou permanentes, doivent pouvoir accéder à l’ensemble des équipements et services offerts au public.

Concrètement, la loi handicap 2005 impose que les escaliers, au même titre que les rampes, ascenseurs et circulations horizontales, soient conçus dans une logique d’accessibilité pour tous. Cela signifie que l’on ne pense plus uniquement à l’usager valide, mais également aux personnes âgées, aux personnes malvoyantes, aux personnes avec troubles de l’équilibre ou aux parents avec poussette. Pour un propriétaire ou un gestionnaire d’ERP, respecter ces obligations revient à intégrer dès la conception des escaliers accessibles : dimensions adaptées, dispositifs antidérapants, repères tactiles et visuels, mais aussi continuité des cheminements.

La loi de 2005 a également introduit des échéances de mise en conformité et des dispositifs comme les agendas d’accessibilité programmée (Ad’AP) pour les ERP existants. Aujourd’hui, même si les délais initiaux sont dépassés, les contrôles se renforcent et les sanctions peuvent être lourdes en cas de non-respect (amendes administratives, fermeture temporaire ou définitive). Au-delà de l’aspect coercitif, vous avez tout intérêt à voir l’accessibilité des escaliers comme un investissement : un escalier accessible et sécurisé augmente la valeur de votre patrimoine et améliore l’image de votre établissement.

Norme NF P01-012 : classification des déficiences visuelles

La norme NF P01-012 est souvent citée pour les garde-corps, mais elle intègre également des considérations liées aux déficiences visuelles. Elle se base sur une classification des niveaux de vision des usagers et précise comment adapter les dispositifs de sécurité, notamment dans les escaliers. Pourquoi est-ce si important ? Parce qu’une grande partie des accidents en escalier impliquent des personnes ayant une vision réduite, parfois sans même en avoir pleinement conscience.

Cette norme définit différents profils de déficiences visuelles (vision centrale altérée, champ visuel réduit, perception des contrastes diminuée, etc.) et en déduit des exigences de contraste lumineux et de lisibilité des ruptures de niveau. Dans un escalier accessible, les nez de marche et les premières et dernières contremarches doivent ainsi présenter un contraste suffisant pour être repérables par un maximum d’usagers, y compris en cas d’éclairage médiocre. La NF P01-012 sert de référence pour calibrer ce contraste, la largeur des repères visuels et la hauteur des éléments de protection pour éviter les chutes par désorientation.

Pour un maître d’ouvrage ou un architecte, se référer à cette norme permet de concevoir des escaliers réellement inclusifs, et pas seulement « conformes sur le papier ». Vous pouvez par exemple travailler avec un fabricant de revêtements de sol ou de profils de nez de marche qui maîtrise ces exigences de contraste et de visibilité. On peut comparer cela aux sous-titres dans une vidéo : ils ne sont pas obligatoires pour tous, mais ils rendent le contenu accessible à un public beaucoup plus large.

Code de la construction et de l’habitation : articles R111-19-8 à R111-19-11

Les articles R111-19-8 à R111-19-11 du Code de la construction et de l’habitation (CCH) viennent encadrer juridiquement l’accessibilité des établissements recevant du public et des installations ouvertes au public. Ils renvoient aux arrêtés et décrets que nous avons évoqués, mais fixent aussi des principes généraux : continuité de la chaîne de déplacement, sécurité incendie, évacuation des personnes handicapées, et maintien dans le temps des performances d’accessibilité.

En matière d’escaliers accessibles, ces articles imposent que les cheminements verticaux ne créent pas de rupture de parcours pour les personnes à mobilité réduite. Autrement dit, un escalier ne peut pas être le seul moyen de franchir un niveau dans un ERP : il doit être complété par un ascenseur, une rampe ou un élévateur, sauf rares exceptions. Le CCH rappelle également que les travaux de rénovation importants déclenchent une obligation de mise en conformité, au moins partielle, des escaliers existants : modification des nez de marche, ajout de bandes d’éveil de vigilance, adaptation des mains courantes, etc.

Ces dispositions soulignent un point souvent sous-estimé : l’accessibilité n’est pas figée au jour de la réception des travaux. Vous devez entretenir les équipements (nez de marche collés, éclairage, mains courantes) et vérifier régulièrement que l’escalier reste conforme et lisible pour les usagers. En cas d’accident, les juges se réfèrent fréquemment au CCH pour apprécier votre responsabilité et votre diligence en matière de sécurité.

Dimensionnement technique des marches selon la formule de blondel

Au-delà des textes réglementaires, la conception d’un escalier accessible et sécurisé repose sur des principes ergonomiques éprouvés. La formule de Blondel, utilisée depuis des décennies par les architectes et les maîtres d’œuvre, permet de dimensionner les marches pour qu’elles correspondent au pas naturel de la plupart des usagers. Un escalier conforme sur le plan réglementaire mais mal « rythmé » restera fatigant, voire dangereux.

Calcul optimal : 2h + g = 63 cm pour un confort maximal

La formule de Blondel se présente ainsi : 2h + g = 63 cm, où h est la hauteur de contremarche et g le giron (profondeur de marche). L’objectif est de s’approcher d’une valeur comprise entre 60 et 64 centimètres, 63 cm étant considérée comme optimale pour un confort maximal. Ce calcul traduit tout simplement la longueur moyenne du pas humain, adaptée à la montée ou à la descente d’un escalier.

Dans le cadre d’un escalier accessible à tous, vous avez intérêt à viser la plage basse de cette formule pour réduire l’effort musculaire. Par exemple, une contremarche de 16,5 cm et un giron de 30 cm donnent : 2 x 16,5 + 30 = 63 cm, ce qui constitue un excellent compromis entre confort, encombrement et sécurité. À l’inverse, des marches trop hautes et trop peu profondes rompraient ce rythme naturel et augmenteraient les risques de chute, surtout pour les personnes fragiles.

On peut comparer la formule de Blondel à le réglage d’une selle de vélo : si la hauteur n’est pas adaptée à votre morphologie, chaque coup de pédale devient pénible et vous perdez en stabilité. De la même manière, un bon dimensionnement des marches permet à votre corps de se concentrer sur l’équilibre et l’anticipation, plutôt que sur l’effort brut pour monter ou descendre.

Hauteur de contremarche : limitation stricte à 17 cm maximum

Pour les escaliers accessibles ouverts au public, la réglementation fixe une hauteur maximale de contremarche à 17 cm. Cette limitation vise à réduire la fatigue, à faciliter l’effort de flexion du genou et de la hanche, et à rendre l’escalier praticable même pour des personnes ayant une capacité musculaire réduite. Une marche trop haute peut devenir un véritable obstacle pour une personne âgée ou pour quelqu’un qui porte une charge.

Dans la pratique, viser une hauteur comprise entre 15 et 17 cm permet de concilier accessibilité et gestion de l’espace. Un escalier public avec des contremarches à 19 ou 20 cm, même dans un bâtiment ancien, sera souvent perçu comme difficile et peu rassurant. Pour un projet neuf, dépasser les 17 cm revient à se placer hors des clous réglementaires et à exposer le propriétaire à des risques juridiques importants en cas d’accident.

Pensez également à l’homogénéité de ces hauteurs : une seule marche plus haute ou plus basse que les autres suffit à perturber le rythme de l’utilisateur. Vous l’avez sans doute déjà expérimenté : on « trébuche » souvent sur la première ou la dernière marche lorsqu’elles sont mal alignées avec le reste de la volée.

Giron minimal de 28 cm pour la stabilité du pas

Le giron d’une marche, c’est-à-dire la partie réellement utilisable pour poser le pied, doit être d’au minimum 28 cm dans un escalier accessible. En dessous de cette valeur, l’utilisateur est contraint de poser son pied en biais, ce qui diminue la surface d’appui et augmente les risques de déséquilibre. Pour une personne malvoyante ou utilisant une canne, un giron trop réduit rend aussi l’anticipation des marches beaucoup plus difficile.

Dans la recherche du confort, il est souvent pertinent de viser un giron compris entre 28 et 32 cm, tout en respectant la formule de Blondel. Un giron généreux offre une excellente stabilité en descente, qui est la phase la plus accidentogène dans un escalier. Imaginez marcher sur le bord d’une marche très étroite : le moindre faux mouvement et la cheville se tord. Avec un giron suffisant, votre pied trouve naturellement sa place, comme sur une marche de trottoir bien dimensionnée.

Attention toutefois à ne pas surdimensionner le giron sans adapter la hauteur de contremarche : un escalier aux marches très profondes mais trop basses devient lui aussi inconfortable, car il casse le rythme naturel du pas. Là encore, la formule de Blondel reste votre boussole.

Égalité dimensionnelle des marches dans une même volée

La régularité des marches dans une volée d’escalier est un principe de base en matière de sécurité. Toutes les contremarches doivent avoir la même hauteur et tous les girons la même profondeur, à quelques millimètres près. Une différence même faible, de l’ordre de 5 à 10 mm, peut suffire à faire trébucher un usager qui a « mémorisé » inconsciemment le rythme de l’escalier.

Les textes réglementaires imposent cette égalité dimensionnelle précisément pour éviter ces ruptures de cadence. Dans un escalier accessible, on veillera aussi à limiter les ruptures de pente, les marches balancées excessives et les changements de largeur en cours de volée. En rénovation, cela implique parfois de reprendre entièrement une cage d’escalier pour corriger des défauts historiques, plutôt que de se contenter de rustines.

Pour vous assurer de cette homogénéité, il est recommandé de faire contrôler l’escalier par un professionnel à la fin du chantier, avec des mesures précises de chaque marche. Ce contrôle est d’autant plus utile que l’usure des revêtements, les reprises de sols ou la superposition de matériaux peuvent, au fil des années, modifier légèrement la perception des dimensions.

Dispositifs de sécurité et équipements tactiles obligatoires

Un escalier accessible ne se résume pas à des dimensions correctes. Les dispositifs de sécurité et les équipements tactiles viennent compléter le dimensionnement pour offrir un environnement réellement sécurisé, en particulier pour les personnes malvoyantes, âgées ou ayant des troubles de l’équilibre. Vous vous demandez quels sont les équipements incontournables pour un escalier accessible et sécurisé ? Passons-les en revue.

Main courante ergonomique : diamètre 40mm et hauteur 90cm

La main courante joue un rôle central dans la prévention des chutes. Elle doit être continue, facilement préhensible et suffisamment rigide pour offrir un appui fiable. Les recommandations ergonomiques préconisent un diamètre de l’ordre de 40 mm (entre 35 et 45 mm) pour permettre une prise en main confortable, y compris pour les personnes ayant une faible force de préhension ou des articulations douloureuses.

La hauteur de pose se situe généralement autour de 90 cm au-dessus du nez de marche, avec une tolérance de quelques centimètres selon les textes applicables aux ERP (80 à 100 cm). Dans un escalier véritablement accessible, on installe souvent deux niveaux de main courante : une à hauteur standard pour les adultes, et une plus basse pour les enfants ou les personnes de petite taille. La main courante doit se prolonger d’au moins une marche au-delà de la première et de la dernière marche, afin d’accompagner l’utilisateur avant et après la zone de pente.

Enfin, n’oubliez pas de soigner les détails : extrémités retournées ou noyées dans le mur pour éviter les accrochages, surface lisse mais non glissante, absence d’angles vifs. On pourrait comparer la main courante à la rambarde d’un pont : tant qu’elle est bien conçue, vous ne pensez même pas à elle, mais le jour où elle manque ou se dérobe, le danger devient immédiatement perceptible.

Bandes d’éveil de vigilance conformes NF P98-351

Les bandes d’éveil de vigilance (BEV) sont des dispositifs tactiles au sol, constitués de plots régulièrement répartis, destinés à alerter les personnes aveugles ou malvoyantes de la présence d’un danger, comme un escalier descendant. La norme NF P98-351 précise leurs dimensions, leur texture, leur implantation et leurs contrastes pour garantir leur efficacité et leur homogénéité sur l’ensemble du territoire.

Dans un escalier accessible d’ERP, une bande d’éveil de vigilance doit être installée en haut de chaque volée accessible au public. Sa largeur est généralement d’environ 58 à 62 cm et elle doit être positionnée à une distance de 50 cm de la première marche. Cette disposition permet à une personne se déplaçant à la canne de sentir les plots suffisamment tôt pour s’arrêter ou engager la descente en toute connaissance de cause.

Le choix du matériau et de la couleur de la BEV est également crucial : le contraste visuel par rapport au sol environnant doit être marqué, tout en assurant une bonne résistance à l’usure et à la glissance. Si vous négligez ces bandes d’éveil, vous privez les personnes déficientes visuelles d’un repère essentiel, un peu comme si vous éteigniez tous les feux de signalisation dans un carrefour très fréquenté.

Éclairage LED intégré : 150 lux minimum sur les marches

Un éclairage adapté constitue l’un des leviers les plus efficaces pour sécuriser un escalier. Les recommandations techniques préconisent un niveau d’éclairement d’au moins 150 lux sur les marches, avec une répartition homogène pour éviter les zones d’ombre et les éblouissements. Les technologies LED sont particulièrement adaptées, car elles offrent une lumière stable, une faible consommation énergétique et de nombreuses possibilités d’intégration.

Vous pouvez par exemple intégrer des rubans LED sous les nez de marche, dans les limons ou le long des mains courantes pour matérialiser la ligne de foulée. Cette solution offre une double fonction : elle améliore la visibilité des marches et participe à l’esthétique de l’escalier. Dans les circulations d’ERP, un éclairage de balisage couplé à un éclairage général permet de maintenir un niveau de sécurité satisfaisant même en cas de baisse d’intensité lumineuse la nuit.

N’oublions pas non plus l’éclairage de sécurité, qui doit prendre le relais en cas de coupure de courant pour permettre une évacuation en toute sécurité. Que se passe-t-il si vos usagers se retrouvent dans l’obscurité au milieu d’un escalier ? Sans dispositif de secours, le risque de panique et de chute augmente considérablement.

Nez de marche antidérapants certifiés DIN 51130

Les nez de marche sont des profilés installés sur l’arête des marches pour améliorer l’adhérence, protéger le revêtement et renforcer la visibilité des marches. Pour garantir un niveau de sécurité suffisant, il est recommandé de choisir des nez de marche présentant une certification antidérapante, comme la norme DIN 51130, qui classe les revêtements en fonction de leur résistance à la glissance en milieu chaussé.

Dans un escalier accessible et sécurisé, les nez de marche doivent présenter une surface striée, granuleuse ou recouverte d’un insert antidérapant (caoutchouc, PVC, résine, carbure de silicium, etc.). Ils sont particulièrement indispensables dans les zones humides (entrées, cuisines collectives, extérieurs abrités), où l’eau et les salissures peuvent rapidement transformer une marche lisse en véritable piège.

Veillez également à la continuité de ces nez de marche sur toute la largeur des marches et à leur bonne fixation. Un profil qui se décolle ou qui se déforme devient lui-même une source de chute. Un entretien régulier (nettoyage, remplacement des inserts usés) fait partie intégrante de votre stratégie de prévention des risques.

Contraste chromatique de 70% entre marche et contremarche

Le contraste visuel entre la marche, la contremarche et le nez de marche est essentiel pour les personnes ayant une vision réduite ou des difficultés de perception des reliefs. Les recommandations en accessibilité prévoient un contraste de luminance d’au moins 70 % entre les éléments, ce qui signifie que la différence de clarté doit être nettement perceptible, même en conditions d’éclairage moyen.

Concrètement, il s’agit d’éviter les escaliers « monochromes » où marche, contremarche et murs latéraux sont de la même teinte ou de valeurs très proches. Dans un escalier accessible, on utilisera par exemple un nez de marche clair sur un revêtement sombre, ou l’inverse, et l’on marquera la première et la dernière contremarche par une couleur contrastée. Des outils de mesure permettent de vérifier objectivement ce contraste de luminance, ce qui est utile en cas de contrôle ou d’expertise.

Ce principe de contraste fonctionne un peu comme les bandes blanches d’un passage piéton : plus la différence avec la chaussée est marquée, plus la lisibilité est bonne pour tous les usagers, y compris ceux dont la vision n’est pas parfaite. En jouant intelligemment avec les couleurs et les matériaux, vous pouvez créer un escalier à la fois esthétique et très lisible.

Solutions constructives pour escaliers droits et hélicoïdaux

La conception d’un escalier accessible et sécurisé varie selon sa géométrie : escalier droit, quart tournant, demi-tournant, hélicoïdal (ou colimaçon) n’offrent pas les mêmes possibilités ni les mêmes contraintes. Certains types d’escaliers, comme les colimaçons très serrés, sont par nature peu adaptés à une accessibilité universelle. Cependant, en maîtrisant quelques principes, vous pouvez grandement améliorer la sécurité de la plupart des configurations.

L’escalier droit reste la solution la plus simple à rendre accessible. Il permet une largeur constante, des marches régulières, une double main courante aisée à installer et une pose homogène de nez de marche et de bandes d’éveil de vigilance. Dans un logement individuel ou un ERP, privilégier un escalier droit ou à faible tournant facilite également le passage de charges, de brancards ou de personnes avec aides techniques.

Les escaliers hélicoïdaux ou balancés posent davantage de défis. Pour rester dans un cadre acceptable en termes d’accessibilité, il convient de limiter le rayon de courbure, d’élargir au maximum la volée et de soigner la ligne de foulée (la trajectoire théorique suivie par l’usager). Sur cette ligne de foulée, le giron doit respecter les valeurs minimales évoquées plus haut (28 cm au moins), même si les marches sont plus étroites côté noyau. Il est également crucial de prévoir des mains courantes continues, éventuellement doubles, pour offrir un appui à chaque main dans les zones de courbe.

Dans tous les cas, la largeur utile de l’escalier accessible doit être suffisante pour permettre les croisements et les évacuations d’urgence : on vise généralement au moins 1,20 m dans les ERP pour les escaliers principaux. En rénovation, lorsque la structure existante ne permet pas d’atteindre ces largeurs, on pourra compenser en partie par des dispositifs renforcés (nez de marche antidérapants, éclairage renforcé, marquage au sol) et par la mise en place d’un itinéraire alternatif accessible (ascenseur ou rampe).

Matériaux conformes aux exigences d’accessibilité PMR

Le choix des matériaux pour un escalier accessible et sécurisé ne relève pas seulement de l’esthétique ou de la durabilité. Il influence directement l’adhérence, le contraste visuel, le confort acoustique et la facilité d’entretien, autant de paramètres qui impactent l’expérience des personnes à mobilité réduite (PMR) et de l’ensemble des usagers.

Les revêtements de marches doivent offrir une résistance à la glissance suffisante, à sec comme en conditions humides. On privilégiera des matériaux classés antidérapants (selon DIN 51130 ou des classements nationaux équivalents) : carrelages structurés, résines techniques, bois rainurés, stratifiés avec inserts, etc. Les surfaces trop lisses, comme certains marbres polis ou bétons bruts non traités, devront être évitées ou corrigées par des traitements de surface ou des profils de nez de marche adaptés.

Le bois, le métal, le béton ou la pierre peuvent tous convenir à condition d’être traités pour répondre à ces exigences. Par exemple, un escalier métallique sera galvanisé ou thermolaqué avec une finition légèrement texturée ; un escalier en béton recevra un revêtement résilient antidérapant ; un escalier en bois sera doté de bandes ou d’inserts pour compenser le caractère potentiellement glissant de certaines essences vernies. Pensez aussi à la perception sonore : des matériaux trop résonnants peuvent gêner les personnes sensibles au bruit ou perturbées par les échos.

Enfin, les matériaux utilisés pour les contremarches, les nez de marche et les bandes d’éveil de vigilance devront permettre de créer des contrastes visuels marqués, comme nous l’avons vu. Choisir dès le départ une palette de couleurs et de textures adaptée à l’accessibilité vous évitera des surcoûts ultérieurs liés à des ajouts ou à des modifications forcées après contrôle. En résumé, un bon matériau pour escalier accessible est un matériau qui conjugue antidérapance, contraste, robustesse et facilité de maintenance.

Contrôles techniques et certifications de mise en conformité

Mettre en place un escalier accessible et sécurisé ne s’arrête pas au jour de la réception des travaux. Pour garantir dans la durée la conformité de votre installation aux exigences réglementaires et aux attentes des usagers, des contrôles techniques et des certifications peuvent être mis en œuvre. Ils constituent à la fois une assurance pour vous et un gage de sérieux vis-à-vis du public et des autorités de contrôle.

Dans le cadre des ERP, les commissions de sécurité et d’accessibilité examinent les projets avant travaux (dossier de permis de construire ou d’autorisation de travaux) puis réalisent des visites sur site, notamment avant l’ouverture au public ou lors de renouvellements périodiques. Les escaliers y sont systématiquement regardés : dimensions, présence et position des mains courantes, nez de marche, bandes d’éveil de vigilance, éclairage, signalisation. Un avis défavorable peut retarder l’ouverture ou imposer des travaux complémentaires.

Vous pouvez également faire appel à des bureaux de contrôle spécialisés pour réaliser des audits d’accessibilité de vos escaliers, en particulier lors de rénovations complexes ou pour des bâtiments existants anciens. Ces audits débouchent sur des rapports détaillant les non-conformités et proposant des solutions techniques hiérarchisées selon leur urgence et leur coût. Pour un gestionnaire de parc immobilier, c’est un outil précieux pour programmer les investissements et réduire progressivement le risque juridique lié à l’accessibilité.

Enfin, certains produits utilisés dans les escaliers (nez de marche, revêtements, bandes d’éveil, systèmes d’éclairage) peuvent bénéficier de certifications ou de marquages attestant de leurs performances (antidérapance, résistance à l’usure, conformité aux normes). Choisir des produits certifiés, c’est vous assurer que les caractéristiques annoncées ont été testées par des organismes indépendants. Couplé à une maintenance régulière et à des contrôles visuels internes, ce choix vous permet de maintenir dans le temps un niveau de sécurité élevé pour tous les usagers, et de démontrer, en cas de litige, que vous avez pris toutes les mesures raisonnables pour sécuriser vos escaliers.